Monday, November 9, 2015

Explorations de cinq sites de SIG :

The Valley of the Shadows ; Mapping the Lakes ; AnaLyse diachronique de l'espace urbain Parisien (ALPAGE) ; A vision of Britain ; GIS for history (USA).


A travers l'étude de ces cinq sites, plusieurs mouvements peuvent être déterminés. En effet, les historiens ont, comme nous l'avons observé au cours de la dernière séance, mis un temps à appréhender les Systèmes d'Informations Géographiques, puis à les utiliser pour leurs recherches. Le premier site, l'un des premiers créés sur ce thème, à partir de 1993, témoigne des prémisses à l'utilisation des HSIG, et de la réoccupation de l'espace au sein de recherches historiques. Mais après cela, de nombreuses entreprises ont été organisées avec, comme objectif, de créer, de développer, puis de diffuser les SIG en histoire, alliant souvent, avec ces éléments, une approche pluridisciplinaire, voire transdisciplinaire.



Tout d'abord, comme déjà évoqué au dessus, les premiers utilisateurs de l'outil numérique, représentés par le site internet The Valley of the Shadows, composent entre les sources, directement numérisées, mais aussi avec une interprétation de celle-ci, par la spatialisation des documents et des espaces présents dans le corpus. Le thème même de leurs travaux facilite une composante spatiale, puisqu'ils cherchent à détailler les modes de vie de deux communautés américaines, durant la Guerre Civile, l'une au nord, l'autre au sud. Les cartes et SIG se multiplient, et permettent une meilleure lisibilité des espaces parcourus, des trajets, mais aussi des lieux de bataille. Hormis l'aspect SIG, l'on remarque une multiplicité des documents présentés sur la plate-forme, découpés en trois périodes : l'avant, pendant et l'après guerre civile.

C'est bien en cela que l'historien sait utiliser des outils qui, à l'origine, ne lui sont pas directement destinés. Le numérique rend possible une approche plus quantitative, ainsi qu'une classification plus fine, plus nombreuses, des enseignements apportés, ou pour mettre en avant une source plus particulière. Il en est de même pour le quatrième site de notre corpus, A Vision of Britain, qui est composé d'un moteur de recherches interne au site, afin de naviguer plus efficacement dans les sources et les documents numérisés. L'information est livrée brut, sans aucune modification, mais est spatialisée, par le biais de cartes précises et efficaces. Aucune interprétation – autre que celle de la mise en forme cartographique, obligatoire et inéluctable - ne vient interférer dans l'étude de chaque donnée, laissant au chercheur tiers la possibilité d'avoir recours à un tel site en tant que source.



De plus, les SIG nouvellement créés proviennent autant des disciplines géographiques qu'historiques, voire même de sciences autres, comme celles des sciences humaines, ou de la géologie, physique, etc. Ces entreprises entrent alors parfaitement dans le cadre d'une enseignement pluridisciplinaire. Trois sites incarnent parfaitement ces éléments, dont le premier, Mapping the Lakes, réunis la littérature, par la récupération des récits de Thomas Gray et de Samuel Coleridge par exemple ; la géographie, avec son apport cartographique, permettant une meilleure lisibilité des informations transmises ; et l'histoire, par l'évocation de lieux, de dates et d'événements permettant de mieux comprendre le parcours des voyageurs et leurs récits. L'accès au document est facilité par l'utilisation de Google Earth comme modèle SIG pour leur carte interactive.

D'autres projets ont vu le jour autour de ces approches, comme celui, en français, sur l'espace urbain parisien, initié en 2006, par l'Agence Nationale de la Recherche, mobilisant de nombreux chercheurs au sein de quatre laboratoires de disciplines différentes, ce qui rend possible une collaboration entre historiens, géomaticiens et informaticiens, pour développer et épaissir le SIG final. L'interface, ressemblant à Géoportail, propose de créer sa propre carte de la capitale, autour de la mise en place de fond de carte, de filtre, de toute période, et de superposer ces données.Ce SIG semble être un document indispensable pour les historiens dans leurs recherches sur Paris, mais aussi pour les urbanistes, et les passionnées.

Enfin, le dernier SIG à notre disposition est le site GIS for History, impulsé en 2008, basé aux États-Unis, et propose l'histoire récente cartographiée de ce pays. Il illustre un nouveau mouvement au sein de la production scientifique mondiale en histoire. Hormis les aspects classiques de pluridisciplinarité, les créateurs de cette plate-forme ont voulu développer la pédagogie et l'accessibilité de ces informations pour le grand public. Cela s'explique en partie par les nouveautés technologiques dans les salles de classe, permettant d'appuyer un discours historique par un support visuel, plus lisible par les élèves. Mais aussi, cette volonté avouée de clarification des informations témoigne d'une recherche constante, dans la société et dans le monde universitaire, de crédits et de reconnaissance, alors que les crises économiques abaissent régulièrement les fonds alloués aux secteurs ''non-prioritaires'', comme les sciences sociales.



En conclusion, nous avons bien remarqué l'extrême évolution des HSIG, symbolisant un accaparement croissant des problématiques et des possibilités informatiques par l'historien, en parallèle d'une conservation de la discipline et de ses principes de base – croisement des sources, transmission du savoir... La carte permet une meilleure visibilité des recherches, autant au sein de la communauté scientifiques, qu'en dehors, à travers une volonté de mieux expliquer et d'intégrer une société friande de nouvelles technologies.  

Exploration des cinq sites

- The Valey of the Shadow

Ce site, qui est sans doute l'un des premiers à faire usage des SIG dans une optique historique (dès les années 1990), constitue avant tout une importante mine d'informations pour l'historien. En effet, on peut y trouver d'abondantes données concernant la guerre civile américaine dans les comtés d'Augusta (Virginie) et de Franklin (Pennsylvanie). Une fois la page d'accueil passée, le site s'ouvre sur un menu à l'organisation peu banale qui nous permet de choisir la période et le type de ressource que le lecteur souhaite consulter. Lorsque le choix est fait, on est redirigé vers une nouvelle page qui nous apporte les informations voulues de manière assez claire. Des synthèses et des analyses sommaires sont présentées mais il est possible d'avoir accès aux données brutes, généralement présentées sous forme de tableaux. Ici, on a donc accès aux ressources traditionnelles de l'historien. Néanmoins, il est également possible de consulter des cartes qui marque le regard spatial que porte ce site internet sur le sujet. Ces cartes sont de qualités très variée. L'une d'entre elles m'a particulièrement intriguée, il s'agit de celle qui reprend les différentes batailles qui ont eu lieu. Par le biais d'une animation, on peut y voir le déplacement des armées puis par un clic sur une bataille, on peut obtenir des informations sur l'événement en question. Pour autant, ce site se présente véritablement comme une base de données puisqu'on y trouve que des informations brutes non traitées par le regard d'un historien.

- Mapping the Lakes

Ce site est de nature totalement différente du précédent. Il se consacre à la région des Lacs, dans le Nord-Ouest de l'Angleterre en se basant sur les récits littéraires de Thomas Gray en 1769 et de Samuel Taylor Coleridge en 1802. Ici, ce n'est donc pas histoire et géographie qui s'interpénètrent mais littérature et géographie, ce qui est relativement peu banal jusqu'ici. A partir des écrits mentionnés plus haut, des cartes ont été réalisées en vue de contextualiser les événements. On y retrouve donc une multitude de cartes qui s'appuie généralement sur le même fond et qui relatent les événements évoqués dans les livres. Pour autant, n'étant pas adepte de cette littérature, il m'est difficile de porter un regard critique sur cette entreprise et sur sa réelle portée. Je remarque simplement que certaines cartes utilisent l'application Google Earth. Pour l'historien, cela peut paraître assez choquant puisque les concepteurs du site ont fait le choix d'utiliser, via Google Earth, un fond de carte contemporain pour relater des événements d'il y a deux siècles.

- ALPAGE

Ici, le premier avantage certain de ce site, qui en fait également son caractère inédit, est l'utilisation de la langue française. Ce projet d'envergure, qui est le fruit d'une interdisciplinarité (historiens, géomaticiens, informaticiens...), a pour but d'offrir une dimension spatiale à l'histoire urbaine de Paris. On est donc en plein dans la voie sur laquelle souhaitait nous mener Loren Siebert à travers son article. La partie "accueil" du site se propose avant tout de présenter la configuration du site et ses auteurs, d'annoncer les nouveautés mais aussi et surtout de nous indiquer les sources sur lesquelles s'appuient ce travail. Ensuite, la partie la plus intéressante du site est la plateforme cartographique qui est une application simple et efficace des SIG. En effet, elle permet à chaque lecteur de constituer sa propre carte de Paris en y incorporant les informations de son choix qui sont directement tirée de la base de données créée par les concepteurs du site. Il s'agit donc d'un outil très intéressant pour étudier la capitale francilienne. L'intérêt réside aussi dans le fait qu'il est possible de travailler sur le temps long puisque certaines données sont très anciennes (ex : emplacement de l'enceinte romaine). En bref, il s'agit d'un outil made in France très efficace qui témoigne de l'intérêt que peuvent avoir les SIG dans la recherche historique, en particulier pour l'histoire urbaine.

- A Vision of Britain

Avec ce site, nous repartons vers l'Angleterre. Les auteurs se proposent d'amasser ici des données qui concernent l'histoire contemporaine britannique (entre 1801 et 2001). Ces différentes données, qui sont directement consultables, peuvent ensuite être visualisées par le biais d'une abondante série de cartes. Ici, l'idée d'une spatialisation est donc également très présente. Par exemple, via l'onglet "statistical atlas", il est possible d'obtenir une carte sur la mortalité infantile ou bien encore sur le degré d'occupation des sols. Nous l'aurons compris, les opportunités sont donc très variées. De plus, il est possible d'avoir un accès directe à une localité en saisissant son nom ou sa référence dans la barre de recherche. Enfin, ce site présente un autre atout, celui de venir mélanger à ces données des récits de voyage. Cela apporte donc une dimension littéraire à ce site qui se veut donc véritablement comme le fruit de l'interdisciplinarité. Toutefois, à chaque fois, c'est par le regard spatial que les données sont analyser ce qui permet toujours de contextualiser les informations. Plus que cela, l'emploi de ces cartes peut permettre à l'histoire d'aller de l'avant, comme le souhaitait Amy Hillier dans son article. En effet, celle-ci croie en l'idée que l'outil cartographique peut entrer de plein pied dans le processus argumentatif du discours historique en faisant figure d'argument et non plus de simple support.

- GIS for History

Le thème de ce site est l'histoire des Etats-Unis. Il a vocation à permettre aux SIG de devenir un outil pour l'enseignement de l'histoire. En effet, il met à disposition des enseignants différentes cartes personnalisables susceptibles d'être utilisées en classe. Pour autant, il est à noter que le nombre de sujets traités demeure encore relativement réduit et que ce site nécessite donc d'être développé. Pour autant, encore une fois, il s'agit d'une belle preuve de l'insertion de la dimension spatiale dans la pratique de l'histoire. Cela est d'autant plus important ici puisque les SIG deviennent un outil de l'enseignement. Dans son article, Amy Hillier disait d'ailleurs que c'est en habituant les historiens à cette pratique qu'elle pourra prendre toute sa place dans la science historique, c'est bien ce que semblent vouloir faire ici les concepteurs de ce site.

L'intégration de l'approche spatiale dans la démarche historique : exploration de cinq sites.


A travers l'exploration des sites proposés, l'évolution de la pratique des Systèmes d'Informations Géographiques par les sciences humaines, et plus particulièrement par les historiens, est évidente. D'une utilisation assez sommaire – quelques cartes géographiques utilisées pour localiser les lieux dont on parle – à un apprentissage d'une maîtrise de la cartographie par les historiens, on évolue vers une utilisation fructueuse des SIG. Ainsi, en intégrant de plus en plus l'approche spatiale dans leur démarche historique, les historiens changent-ils leur manière de faire du récit historique.

Dans un premier temps, l'investissement par les historiens de l'outil internet, permet un travail collaboratif de collecte d'archives (et donc de numérisation de ces dernières), par différents chercheurs autour d'un même sujet.
Ainsi, The Valley of Shadow (site le plus ancien puisqu'il a été créé en 1993), par exemple, a le mérite de constituer un vivier important de sources diverses et variées sur la vie dans deux contés américains avant, après et à la période de la Guerre Civile. Au-delà d'être un recueil intéressant de documents, le site tente une première utilisation des SIG – il est ainsi possible de manipuler des cartes sur les batailles et de retracer les trajets des différentes armées, de localiser les lieux des batailles majeures – mais celle-ci reste très peu habile et assez lacunaire. La variétés des sources collectées sur ces sites permettent en effet d'analyser ensemble différents types de données et ainsi de réaliser des cartes riches en information.
De la même manière, le site A vision of Britain through time, constitue une base de données colossale sur la Grande Bretagne des XIXe et XXe siècles. Le site, sur lequel la navigation est très aisé, il est important de le préciser, apparaît comme un recueil majeur d'archives et de données, classées par thèmes et par dates, mobilisables par les historiens qui voudraient créer des cartes.
Toutefois, le récit historique semble absent de ces sites : ils offrent des outils aux historiens mais n'engagent pas eux-mêmes de réflexion sur le croisement des données et leur utilisation dans des SIG.

Si certains sites se contentent d'être d'immenses bases de données sur leur sujet, d'autres offrent une réelle réflexion sur l'apport de l'approche spatiale au récit historique.
D'une part, l'utilisation des SIG renforce l'idée d'une nécessité du dialogue interdisciplinaire autour des sujets de recherche. La dynamique du site ALPAGE (Analyse Diachronique de l'Espace Parisien, approche Géomatique), impulsée en 2006, est notamment celle de la collaboration entre historiens, géomaticiens et informaticiens, autour d'une analyse de l'espace urbain parisien, et est devenu au fil du temps, un site vivant consulté et enrichi par tous les chercheurs et étudiants qui s'intéresse à l'histoire de Paris. Les ressources de la plate-forme cartographique du site étant très importante – cartes anciennes et plus récentes, localisation des lieux de pouvoirs, de religion, lieux des activités socio-économiques, mais aussi vestiges archéologiques – elles permettent aux étudiants de répondre aux questions d'ordre spatial qu'ils se posent sur leur sujet de recherche. Ce site-là constitue un exemple phare lorsqu'on veut démontrer l'intérêt de l'utilisation des SIG en histoire. Il est d'ailleurs reconnu comme tel, puisque je me souviens l'avoir découvert en cours de géographie en CPGE, lorsque le professeur eu à cœur de montrer aux étudiants l'intérêt des SIG pour les futurs étudiants en sciences humaines.
En effet, dans certaines démarches, notamment celle du site GIS for History, on note la dimension pédagogique intrinsèque à l'utilisation des SIG : le site offre aux étudiants les outils pour engager de nouvelles réflexions sur l'histoire des États-Unis, permises par la manipulation des SIG. Grâce aux cartes animées, personnalisables grâce aux informations et données enregistrées sur le site, l'étudiant devient l'initiateur de sa propre réflexion.

Le site Mapping the Lakes est celui qui m'a paru le plus « original ». En effet, les auteurs proposent une manière nouvelle d'utiliser les SIG et ce afin d'éclairer non pas seulement l'histoire, mais la littérature en créant ce qu'on pourrait appeler « un espace narratif comparatif ». A partir de données textuelles que sont les écrits de Thomas Gray et de Samuel Coleridge, le site propose une analyse spatiale et sensitive (quels sentiments les lieux font ils naître chez les deux auteurs, par exemple) des lieux décrits et traversés par les deux auteurs littéraires. Si les cartes proposées sont parfois difficilement lisibles, le site a au moins pour mérite de proposer une réflexion intéressante sur la cartographie littéraire et la possibilité, grâce aux SIG, d'ouvrir de nouvelles réflexions sur la littérature des lieux et de l'espace. La même chose aurait pu être faite sur Londres, avec l'ouvrage autobiographique de Thomas De Quincey, Confessions d'un Mangeur d'Opium Anglais. Ainsi, les chercheurs en littératures peuvent-ils aussi s'enrichir des SIG dans leurs réflexions spatiales autour des œuvres littéraires.


Ainsi, la plupart des sites proposés à notre réflexion symbolise l'apparition progressive, chez les historiens, d'une nouvelle manière de faire de l'histoire qui, sans abandonner le récit historique traditionnel qui reste indispensable pour palier les manques des outils géographiques, investissent le domaine des SIG afin d'enrichir et de compléter leurs recherches. En outre, ils incitent les étudiants et chercheurs à maîtriser ces outils pour faire évoluer la pratique de l'histoire. Si certains sites semblent aujourd'hui assez « vétustes », d'autres promettent un avenir pour l'utilisation des SIG par la science historique.

Sunday, November 8, 2015

Explorations : les SIG et l'intégration de l'approche spatiale dans la démarche historique.

Présentation  et analyses des sites :

The Valley of the shadows.

                The Valley of the shadows est un projet qui tire ses origines au tout début des années 1990 et qui a été mis en place au fil du temps avec l’avènement d’internet. Le site présente un certain nombre de sources historiques concernant le comté d’Augusta en Virginie et le comté de Franklin en Pennsylvanie sur la période des années 1859 à 1870. C'est-à-dire avant, pendant et après la guerre civile américaine.
Les documents (lettres, journaux, …) sont accompagnés de cartes afin de présenter et de comparer les comtés.
On remarquera principalement la carte interactive à propos des années de guerre. Celle-ci offre la possibilité de superposer plusieurs couches (tracées de routes anciennes ou modernes, tracées de voies ferroviaires, villes, …). La carte permet également de choisir un régiment et grâce à une animation d’observer ces déplacements, les lieux d’escarmouches et de batailles au fil du temps.
                Ce site utilise l’approche spatiale dans un objectif de synthèse de données récoltées en archives.      

Mapping the Lakes.

                Mapping the Lakes est une expérience collaborative réalisée par une équipe de l’université de Lancaster pour tester l’utilisation et l’application des SIG auprès des sources littéraires. Il s’agit de voir comment introduire l’approche spatiale en littérature. Pour cela, les chercheurs utilisent comme documents : Thomas Gray‘s journals et Samuel Taylor Cloredige’s Tour of The Lake District. A partir de ces textes au sujet similaire (pour mieux comparer) des cartes sont réalisées. Cela permet d’observer quels sont les différents résultats obtenus en utilisant les SIG.

AnaLyse diachronique de l'espace urbain PArisien (ALPAGE).

                Le site Alpage est un projet lancé dans les années 2006 à 2010. Il s’appuie sur le travail collaboratif de plusieurs chercheurs ayant pour thème la ville de Paris. Le site présente plusieurs objectifs, cependant le plus important semble être celui d’introduire l’approche spatiale et donc l’utilisation des SIG pour réussir à valoriser et interpréter des sources historiques qui étaient inexploitables jusque là sans des outils adaptés.  Ce travail se veut également pluridisciplinaire.
Alpage présente un outil, une plateforme cartographique, permettant de superposer un très grand nombre de couches. Ces dernières sont fabriquées à partir des données récoltées dans les sources. L’outil offre encore plusieurs autres fonctions comme la possibilité d’effectuer des mesures, des annotations, … Ce qui permet au final aux chercheurs de croiser différentes données et de construire des cartes.

A vision of Britain.

                A vision of Britain through time propose aux visiteurs comme son nom l’indique de leur présenter la Grande-Bretagne à travers le temps.  Pour cela il est tout d’abord possible d’accéder à des fonds de cartes anciennes.
Cependant, son principal intérêt consiste dans la catégorie statistical atlas où l’on a accès à différentes cartes classées par thèmes (industrie, agriculture, population, …). Il existe un très grand choix de personnalisation de ces cartes dans les données que l’on veut faire apparaître et selon la période sélectionnée. 

GIS for History (USA).

                GIS for History a pour thème l’histoire des États-Unis. Son objectif est d’utiliser les SIG en Histoire pour servir à l’enseignement. Il s’agit là encore d’un travail collaboratif.
Le site présente donc des documents, des cours et des cartes personnalisables avec différentes couches sur différents aspects de l’Histoire des États-Unis. Le site présente l’intérêt de ces cartes interactives comme un moyen afin d’illustrer et de discuter le propos des cours.

Bilan :

                A travers ces différents exemples, il est possible d’observer plusieurs utilisations et des évolutions dans l’utilisation des SIG en Histoire.
On peut observer qu’avec le temps il y a eu une complexification des sites évoquant les SIG. Les premières expériences montrent des cartes synthétiques déjà réalisées où l’on ne peut rien modifier. Puis est introduite la possibilité de placer différentes couches. Puis on nous offre la possibilité de personnaliser de plus en plus de détails pour créer des cartes (notamment grâce aux bases de données) et d’interagir avec elles (mesures, annotations, ...).
Les sites de SIG insistent de plus en plus sur le travail collaboratif entre chercheurs ou même avec des étudiants.
Enfin, on voit que les SIG servent à la valorisation de sources historiques, au renouvellement de cette valorisation historique mais aussi à l’enseignement.

Analyse critique des cinq sites

Histoire spatiale : vers un nouveau tournant ?

        Les cinq sites, créés pour la plupart par des historiens, utilisent le SIG de manière très différente. Les auteurs du site « GIS for history », créé en 2008, perçoivent le SIG comme un instrument à dessein pédagogique. Les logiciels aident les étudiants à comprendre les moments importants de l'histoire des Etats-Unis et les actions humaines dans le paysage, à travers une très riche base de données spatiales et temporelles et des cartes thématiques très claires. L'approche spatiale sert aux étudiants à générer leurs propres réflexions historiques, aidés par des questions et par des documents mis à leur disposition. Le site s'adresse aussi aux professeurs, en leur fournissant des projets et des idées pour stimuler les réflexions des étudiants autour des cartes (discussions, comparaisons de données,...) afin de les inciter à utiliser les cartes numériques dans le cadre de leur recherche comme des outils d'analyse et non comme de simples accompagnements du récit historique. Les auteurs de ce site ont conscience du problème des lacunes dans l'apprentissage du SIG par les futurs chercheurs, des lacunes qu'ils tentent de combler.
          La dimension pédagogique est moins présente dans le site « AnaLyse diachronique de l'espace urbain PArisien », qui met surtout l'accent sur l'idée d'échange et de partage des informations et des données sur la ville de Paris. Ces données spatiales et temporelles ont des caractéristiques très différentes : les couches de données sont très nombreuses et variées (politique, économique,...) et les cartes enregistrées remontent jusqu'à l'époque médiévale. Les auteurs du site ont tenté de réunir, de 2006 à 2010, de très nombreuses informations sur la ville, afin de présenter un panorama cartographique de Paris le plus complet possible : dimensions géographique et physique, morphologie du bâtiment,... . Les données sont disponibles pour tout le monde, sous forme de fichier ZIP, et gratuites. Le dessein final du site est de développer la recherche concernant l'espace urbain parisien et de construire des outils adaptés aux plans cadastraux anciens, afin de stimuler la réalisation de cartes SIG montrant l'évolution de la ville depuis le Moyen Age. Le site tente donc de combler une des limites les plus importantes des logiciels GIS qui étaient d'abord des bases de données pour la création de cartes concernant l'évolution de ville aux XIXème et XXème siècles. Avec la mise à disposition de sources très anciennes, les dynamiques urbaines peuvent être visualisées et analysées grâce aux cartes SIG.
            Le site « A vision of Britain » obéit aux mêmes objectifs avec la création d'une base de données rassemblant beaucoup de sources différentes (descriptions anciennes, cartes topographiques et thématiques,...). Mais la période reste limitée aux XIXème et XXème siècles, contrairement au site sur Paris. Malgré tout, les auteurs de ce site très récent (2009-2014) cherchent à répondre aux besoins d'emmagasinement et d'enregistrement des informations de la plupart des chercheurs, qui doivent créer des bases de données avant de réaliser des cartes SIG et qui, par manque de temps - car cela implique une recherche de sources variées et en grand nombre, sont rebutés par ce type de technique.
               L'avant-dernier site, « Mapping the Lakes », explore de nouvelles voies d'utilisation du SIG à travers notamment la réalisation de carte à partir des écrits littéraires de Thomas Gray et Samuel Coleridge. Ces deux écrivains tiennent en effet une place essentielle dans le site dont les auteurs cherchent à analyser spatialement leurs voyages et en même temps à analyser des informations abstraites liées à l'environnement, aux paysages de la région (imagination, émotion,...). Une description des méthodes utilisées pour utiliser les cartes SIG à partir de ces écrits est faite : il s'agit avant tout d'analyser les lieux évoqués, les adjectifs utilisés,..., pour pouvoir repérer les éléments spatiaux, temporels et abstraits à retenir pour réaliser les cartes. C'est une expérience originale et intéressante faite par les auteurs du site, qui réalisent ainsi des cartes SIG « littéraires ». Cependant la qualité cartographique n'est pas très bonne, puisque le zoom n'est pas optimal, ce qui génère des difficultés pour lire les cartes. En outre, les caractéristiques traditionnelles cartographiques (données statistiques, méthodes quantitatives,...) ne sont pas centrales.
          Dans ces quatre sites, la notion de « transdisciplinarité » est mentionnée et demeure importante pour comprendre l'usage fait du SIG par les auteurs des sites. En effet, ces logiciels ne s'adressent pas seulement aux historiens, mais à beaucoup de chercheurs dans d'autres domaines (archéologues, démographes,...). Ils permettent aussi, grâce à leurs bases de données toujours plus importantes, de croiser différents types d'information et des sources extrêmement variées pour réaliser des cartes riches de données diverses et pour les analyser ensuite de manière très complète. Ces sites mettent aussi en évidence les liens entre cette nouvelle technologie cartographique et les discours traditionnels historiques, en montrant que l'un et l'autre se complètent et s'équilibrent. Enfin, ils répondent aux limites imposées par les SIG en tentant d'effacer ces limites perçues comme des obstacles infranchissables par les chercheurs réticents à utiliser ces logiciels.
                  Le site « The Valley of the shadows » est le plus ancien, puisqu'il a été réalisé de 1993 à 2007. Il constitue une base de données immense pour un thème et une époque bien précis : beaucoup de sources sont rassemblées (photographies, lettres,...) car elles évoquent l'histoire de deux communautés (une au Sud et une au Nord) avant, pendant et après la guerre civile américaine. Si le site est intéressant car ces multiples informations sont classées et facilement accessibles, toutefois, aucune réflexion historique ou analyse historique n'est attachée à ces sources. Le récit traditionnel historique est complètement absent : des cartes SIG peuvent être conçues à partir du site, mais tout reste à faire. Le site demeure à la première étape de la création d'une carte SIG, c'est-à-dire la documentation, contrairement aux sites précédents, plus récents, dont les auteurs ont parfaitement conscience des problèmes attachés à l'utilisation du SIG et qui tentent de faire évoluer ces outils cartographiques en surmontant les obstacles des logiciels et de faire évoluer en même temps les représentations des chercheurs face à ces logiciels.


           
                 

                 

L'intégration progressive d'une approche spatiale de l'histoire.

     Ces quatre sites proposent chacun un usage différent des SIG. Tout d’abords, nous pouvons remarquer que ces sites sont menés, pour la majeure partie par des historiens. Ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. L’évolution majeur que nous pouvons mettre en avant est l’arrivée de chercheurs en littérature qui utilise le logiciel de google Earth pour expliciter l’histoire d’un lac et de ces promenades.[1] De fait, cela prouve la pluridisciplinarité que propose les cartes et l’importance de ne pas négliger les possibilités existantes de mise en place de champs de recherches variés. Le premier site évoqué, The valey of shadow est également chronologiquement le premier essai. En effet, bien qu’actualisé, le projet est initié en 1993, ce qui correspond au début des essais des SIG historiques. Cela s’en récent par la manière dont le site est présenté. De fait, la navigation se fait au travers d'un plan panoptique organisé en différents thème d'archive. Dans ces plans, seul quelques cartes sont proposées et la plupart ne sont que des captures d’écran. Par ailleurs, il existe une carte animée qui présente les lieux des grandes batailles de la guerre civile américaine dans un ordre chronologique. Cela prouve que part ses différentes mises à jour, le logiciel de SIG a été utilisé de manière complètement différentes. De même, le site A vision of Britain through time, bien qu’initié en 2009 et actualisé en 2014, ressemble à une base de donnée archivistique de cartes existantes au XIXe et XXe siècle. Il n’y a pas ici un réel travail sur l’utilisation du SIG contrairement au site français ALPAGE qui propose une carte de Paris interactive sur laquelle l’utilisateur peut introduire des calques et afficher des informations. Le site le plus aboutis, à mon sens, est celui de GIS for History, instauré en 2005. De fait, ce site est d’une vrai « utilité » pour l’enseignement. Des cartes sur différentes partie de l’histoire des états unis sont crées et permettent de répondre à un objectif pédagogique. De même, bien qu'orienté à l'utilisation enseignante, le site est accessible au plus grand nombre. En effet, en cliquant sur l’histoire esclavagiste la carte interactive permet de se rendre compte de la population réduite en esclavage à travers les années etc. Nous pouvons également consulter des documents par exemples des lettres. Le seul bémol est la non mis à jour du site, ce qui fait que certains liens menant aux sources ne fonctionnent plus.
En général, les sites étudiés traduisent une réelle volonté d'utiliser les cartes pour les faire parler. Cela prouve une investigation certaine de la part des chercheurs et modérateur des sites à utiliser le logiciel SIG. De plus, le clivage que nous avions pu observer jusqu'à présent entre l'histoire et la géographie ne semble plus être. La géographie répond à une question historique et inversement, ce que les chercheurs ont bien compris. Enfin, voir apparaitre d'autres domaines tel que la littérature explicite le désir profond d'une approche spatiale de toutes les sciences. 




[1] Mapping the lakes : a literary GIS, University of Lancaster, s.d

L'intégration de l'approche spatiale dans l'histoire des sciences et des arts.

Je suis tombée sur ceci en naviguant sur internet. J'ai trouvé cet article de Jean Marc Besse très intéressant.

http://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2010-3-page-211.htm